Le 16 septembre 2006 à 22:10 / Entrepreneuriat

Quelles mesures les grandes entreprises peuvent-elles mettre en place pour encourager l’innovation et l’esprit d’entreprendre en France ?

Différencier l’entrepreneuriat individuel et l’ collectif

Au-delà des dimensions transversales aux entrepreneurs en général, les Pouvoirs Publics pourraient inciter les grandes entreprises à moduler leur soutien selon la nature des entrepreneurs.

Ce n’est en effet pas la même chose de soutenir une personne seule qui restera indépendante (et qui dans bien des cas n’est qu’un salarié dont le statut s’est précarisé et qu’on a externalisé plus ou moins volontairement) que de soutenir un entrepreneur dont le projet implique la création d’au moins un emploi ou des personnes qui créent ensemble une entreprise.
Dans le premier cas, on soutient des personnes qui, au mieux, sont des indépendants et ont choisi d’être seuls, et au pire, sont des salariés transformés en indépendants et précarisés contre leur gré. Dans le second cas, on soutient une équipe, et par conséquent une vraie entreprise potentielle pouvant impliquer au moins une création d’emploi.

Soutenir l’, c’est d’abord soutenir l’ collectif, et donc encourager la dynamique collective et tout ce qui permet de ne pas laisser une personne seule dans son projet, non seulement par ses appuis extérieurs (parrains, tuteurs, financeurs, etc.), mais par une ou plusieurs personnes qui partageront à part égale et pleinement le projet.

Agir sur la dimension culturelle afin d’inciter les grands groupes à faire davantage confiance aux jeunes entreprises

Soutenir les formations à l’ salarié :

Tout pays est confronté à un clivage entre une minorité de personnes qui entreprennent et une large majorité de personnes qui restent salariées.

Les grands groupes ont un rôle à jouer pour inciter et permettre à leurs salariés de gagner en implication gestionnaire et en responsabilité co-entrepreneuriale, que ce soit sous forme d’ ou d’ classique.

Les Pouvoirs Publics (en France ou en Europe) pourraient assurer ainsi une prise en charge d’une partie des coûts de formation à la culture gestionnaire et entrepreneuriale assurés par l’entreprise à ses salariés. Conçues explicitement à destination des salariés, ces formations seraient conçues avec les partenaires sociaux et pourraient être assurées par les acteurs spécialisés sur l’ (écoles de gestion et de commerce notamment), et sur la participation des salariés (réseau des notamment).

Les entrepreneurs créant des emplois et développant des entreprises étant largement minoritaires sur la plupart des entrepreneurs qui restent indépendants (artisans, commerçants, consultants, …), les Pouvoirs Publics pourraient soutenir plus particulièrement les grands groupes mettant en œuvre une politique d’information, de sensibilisation et de formation à l’ collectif, avec l’ambition de développement qu’il met en œuvre.

Nommer des responsables de la participation :

La première étape pour favoriser l’esprit entrepreneurial est de favoriser la participation des personnes à leur propre entreprise. Donner l’envie de s’impliquer et de gagner en esprit entrepreneurial suppose d’associer davantage les personnes aux décisions stratégiques, de les informer et les impliquer pleinement aux projets de l’entreprise. Dans une grande organisation, ce processus ne va pas de soi. D’autant que s’il est facile de soutenir ceux qui ont du potentiel. Comment prendre le temps et la patience de soutenir ceux qui ont moins de potentiel et qu’il faut aider davantage pour les aider à réussir ?

Aussi, pour systématiser et diffuser largement cette démarche, les grandes entreprises pourraient-elles être incitées à nommer des responsables et directeurs de la participation, dont la mission serait exclusivement dédiée à mettre en œuvre des actions d’information et de formation sur la prise de responsabilité gestionnaire et le travail en équipe sur l’implication dans les projets de l’entreprise. Les mesures prises par les grands groupes pour faire participer leurs salariés aux informations et aux décisions pourraient être intégrées dans les critères de notation de la RSE.

Encourager le développement des politiques et pratiques d’essaimage stratégique :

Favoriser l’ salarié par la reprise d’entreprise

Confrontés à des exigences de compétitivité mondiale ou à un impératif de rentabilité de leurs actionnaires, les grands groupes mondialisés sont amenés à restructurer ou fermer des sites industriels. Insuffisamment rentables au regard des critères imposés par un marché mondial des capitaux volatil, certains de ces sites sont néanmoins parfaitement viables ou peuvent trouver une bonne viabilité dans un autre contexte de fonctionnement.

Avec des salariés qui sont les premiers concernés et motivés pour préserver leur emploi, la restructuration ou la fermeture de sites peut être une opportunité de faire naître un salarié. Ainsi les grands groupes qui mènent aujourd’hui des politiques de reclassement et de formation des salariés sans questionnement réel sur la viabilité de leurs sites pourraient mettre en œuvre une réelle politique de mobilisation et d’appui aux salariés pour la reprise collective de leur entreprise. Lors des reprises d’entreprises, ce sont le plus souvent deux ou trois cadres dirigeants qui émergent et réunissent des investisseurs autour d’un projet de reprise. Pourtant, l’enjeu d’une fermeture de site est tel qu’il devrait impérativement associer au plus tôt en amont le plus grand nombre des salariés, et les partenaires sociaux dans le cadre de la promotion d’une dynamique entrepreneuriale collective.

Une telle démarche relève d’une révolution culturelle car les dirigeants imaginent rarement que les salariés soient à même de se responsabiliser en tant que co-entrepreneurs collectivement, et les salariés eux-mêmes ont rarement spontanément envie de prendre des risques entrepreneuriaux, et ce d’autant moins que l’absence de culture d’implication des salariés à l’information et aux décisions les rend a priori méfiants à l’égard des projets qui leur sont proposés par la direction. Pourtant, favoriser la reprise d’entreprise par leurs salariés peut être source d’un contrat gagnant pour tous : les salariés conservent leur emploi, restent sur leur territoire et gagnent en autonomie entrepreneuriale, les grandes entreprises restructurent leur activité tout en accompagnant la pérennité d’une activité économique, et les décideurs locaux maintiennent l’animation économique et sociale de leurs territoires.

Favoriser l’ salarié dans le cadre de la reprise d’entreprises suppose une démarche bien en amont de la part des groupes qui la mettent en œuvre. Cette démarche est rendue possible par la capacité à anticiper les sites sur lesquels le groupe sera amené à rencontrer des difficultés. Dans ce contexte, toute grande entreprise pourra assurer pleinement sa responsabilité sociale en associant au plus tôt ses salariés et les partenaires sociaux à l’étude des pistes de viabilité économique pour le site concerné. Seule une démarche participative en amont peut favoriser une réelle progression de l’ salarié. Pour mener à bien leur démarche, les grands groupes pourront s’appuyer sur l’expertise des réseaux spécialisés dans la reprise d’entreprise par les salariés, tels que Entreprises.

Normes : Définir de nouveaux critères de responsabilité économique de l’entreprise en matière de relations avec les jeunes entreprises :

Orienter l’épargne des salariés vers les jeunes entreprises et les PME :
Les grands groupes pourraient inciter leurs salariés à placer leur épargne salariale (participation, intéressement, abondement, versements volontaires) dans des fonds dédiés au soutien de nouvelles et jeunes entreprises. Les critères de placement ne seraient pas seulement économiques, mais aussi fonction de la capacité de ces entreprises à mettre en œuvre une dynamique entrepreneuriale : taux de salariés associés et croissance de ce taux, part des salariés au capital, nombre et taux de salariés formés aux responsabilités gestionnaires et entrepreneuriales…

Améliorer et développer la relation client / fournisseur entre les jeunes entreprises et les grands groupes :

Une politique d’achat encore plus encourageante pour les jeunes entreprises qui misent sur la diffusion de l’

Si les grands groupes peuvent aider les jeunes entreprises par une politique de discrimination positive sur leurs achats, ils peuvent aussi soutenir davantage encore celles qui, au cœur même de leur projet, mettent en œuvre une dynamique entrepreneuriale associée à une démarche de diffusion de l’ et de responsabilité sociale.

Les Pouvoirs Publics pourraient mettre en œuvre des mesures plus incitatives pour les jeunes entreprises qui favorisent l’association des salariés à leur projet, leur implication au capital, et conduisent plus globalement des politiques d’inclusion et d’autonomisation des personnes (animation, formation, répartition de la valeur ajoutée, intégration des jeunes, éducation, transfert des connaissance, etc.

Pierre Liret, Directeur de la communication du réseau Scop Entreprises, Rédacteur en chef de la revue Participer
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