Le 8 novembre 2006 à 16:23 / Economie

Savoir recruter, animer, motiver, former ses collaborateurs

Jacques Gautrand, créateur et animateur du site www.consulendo.com

A l’heure de l’actionnaire roi, beaucoup d’ ont tendance à sur-communiquer à travers leurs chiffres et l’attention publique se focalise sur le profit. Terme qui, en Français, est immanquablement rapproché du mot profiteur… L’effet est dévastateur dans l’imaginaire collectif.
Alors qu’il vaudrait mieux parler de bénéfice (littéralement « bienfait », « faire du bien »), surtout si celui-ci est équitablement partagé…
Mais surtout communiquer davantage sur les performances humaines de l’entreprise, sur ses réalisations et ses initiatives, plutôt que sur les seuls aspects comptables et financiers.

Les mots ne sont pas neutres. Si vous embauchez quelqu’un en le traitant comme une charge, vous aurez certainement du mal à le motiver et à l’impliquer dans le développement de l’entreprise: ne vous étonnez pas s’il se comporte comme un « boulet» !

Affectio societatis.

Les les plus performantes sont celles qui ont compris que leur première richesse, ce sont leurs collaborateurs. Que ce sont eux qui leur permettent de faire mieux –ou différemment - des concurrents. A l’heure où les technologies sont largement diffusées, le premier avantage compétitif c’est l’engagement et la des collaborateurs.

Dans les les plus performantes, il existe un attachement fort des salariés à l’entité commune, à la marque, aux produits ou aux services vendus; chacun ressent la fierté d’appartenance communautaire, comme celle de participer à une « œuvre commune ». Et cela rayonne à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise.

C’est que les dirigeants ont su développer auprès de leurs collaborateurs de l’affectio societatis, notion que les juristes utilisent pour caractériser le lien entre actionnaires.
Aujourd’hui il serait bon de diffuser cette « affection pour l’entreprise » auprès de toutes ses parties prenantes ; de faire en sorte qu’elle puisse être partagée par tous et pas uniquement par les apporteurs de capitaux - qui ne sont pas toujours, l’expérience le montre, les plus fidèles dans leur affection…

Il est indispensable que chaque collaborateur se sente reconnu pour sa contribution singulière sans laquelle l’entreprise ne serait pas ce qu’elle est.

Evidemment, on est aux antipodes de cette conception du salarié jetable, ou du « cadre Kleenex », acceptée par bien des responsables comme une fatalité inéluctable de la mondialisation et de la globalisation financière

Il n’est pas utopique de penser que cette approche à courte vue ne durera pas éternellement. Pour la bonne raison qu’elle finit par aller à l’encontre de l’intérêt de l’entreprise. De même que Henry Ford eut, au début du 20ème siècle, la clairvoyance de ne pas considérer ses ouvriers uniquement comme une simple “force de travail”, mais comme des acheteurs en puissance des automobiles qu’ils fabriquaient. En améliorant leur condition matérielle, il a du même coup accru le bénéfice de l’entreprise.

“Le capital humain”: une ressource rare.

Aussi est-il réjouissant de lire sous la plume du patron d’une grande entreprise, membre du Medef, Philippe Lemoine (1), dans une tribune libre du Monde, que la dévalorisation du travail sous l’effet de la mondialisation n’est pas une fatalité :
« Le capital humain peut-être considéré comme une ressource rare en raisonnant par analogie avec les technologies de l’information(…). La compétition entre les s’organise autour de leur capacité à utiliser intelligemment cette ressource banalisée que sont les technologies de l’information (…). Et la compétition mondiale dans la majorité des secteurs oppose désormais les qui savent utiliser 10 à 20 % de leurs logiciels standards et celles qui ont amené chacun de leurs collaborateurs à savoir en utiliser 40 à 60 % (…) Première évidence : on ne peut pas évacuer la formation, l’organisation et la des personnes (…) L’économie sait-elle utiliser les fonctionnalités immenses du logiciel humain ? Aurait-on oublié que l’origine de la richesse ce n’est ni la terre, ni le sous-sol, ni l’or, ni le silicium, ni le pétrole, mais le travail ? (…) Le vrai défi (…) c’est celui de considérer chaque être humain comme un être unique (…) savoir recruter, former, animer des personnes qui sont à la base de l’énergie collective de l’entreprise. Il faut avoir l’audace de recruter des personnes pour leur caractère et leur personnalité (…) Il faut laisser se déployer dans les des logiques de réseau où l’on ne se contente pas d’échanger des informations, mais où l’on échange de la vitalité humaine et du rayonnement. On entrerait alors dans une économie dominée par l’énergie humaine renouvelable (…).»

Cette vision trouve comme un écho dans les propos tenus par le psychologue et conférencier-vedette Jacques Salomé, lors du “Forum des Entrepreneurs” de Marseille le 8 septembre:

« Nous payons très cher aujourd’hui notre déficit de progrès personnel et relationnel (…) Dans l’entreprise, on oublie que chacun a besoin d’être valorisé dans ce qu’il est, et pas seulement pour ce qu’il fait. Cela libérerait des énergies considérables… »

Dans l’interview d’Hubert Landier que nous publions sur Consulendo.com, l’auteur de « Divorce à la française » (Dunod) souligne : « La dé, le départ des meilleurs, tout ceci coûte très cher à l‘entreprise. Un manager m’a avoué récemment qu’il estimait que 70% de son équipe travaillait à 30% de son potentiel… »

L’université d’été du Medef s’est tenue sur le thème « concilier l’inconciliable »… Tous les dirigeants ont une tâche urgente et salutaire à accomplir: réconcilier l’entreprise et l’homme.

Jacques Gautrand, auteur du site www.consulendo.com

(1) Philippe Lemoine est PDG de LaSer (Lafayette Services) depuis 1995; il a été président du directoire des Galeries Lafayette de 1998 à 2005.
Il préside le Forum d’action modernités. Sa tribune est parue dans la page Débats du Monde daté du 1er septembre 2006.

Note : le site www.consulendo.com est un site indépendant de réflexion sur l’économie, l’entreprise et le management. Il s’adresse à tous ceux qui exercent des responsabilités et qui souhaitent éclairer leur action. Consulendo.com propose des analyses, des points de vue originaux, des interviews et des synthèses de livres.
Consulendo.com est référencé par le Guide des sites pour managers de l’IAE de Paris - Panthéon Sorbonne.

Jacques Gautrand, créateur et animateur du site www.consulendo.com
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