Le 8 mai 2007 à 15:13 / Politique

Présidentielles: le parti (pris) de l’entreprise

Jacques Gautrand, créateur et animateur du site www.consulendo.com

Cette fois, l’ est bien présente dans le débat présidentiel. Il faut s’en réjouir.

C’est que l’actualité ne manque pas de sujets de controverses: plans sociaux massifs chez Airbus et Alcatel-Lucent, délocalisations, pouvoir d’achat, contrat de travail, salaires, fiscalité… sans oublier les 100 milliards de profits des groupes du CAC 40 focalisant l’opinion publique, alors que ces résultats sont réalisés à 80% à l’étranger et ne sont pas du tout représentatifs de la rentabilité financière des PME françaises, globalement médiocre.

Tous ces sujets sont sur la table et, une fois n’est pas coutume, largement débattus. Aux Français de juger parmi les programmes des candidats les plus lucides dans le diagnostic et les plus réalistes dans les mesures.

Il existe un parti des chasseurs et des pêcheurs; il existe un parti des travailleurs… mais il n’existe pas de parti de l’. Il vaut mieux. Il n’est pas si éloigné le temps où les marxistes qualifiaient les dirigeants politiques de droite de «valets du grand capital »…

Le président de la République ne peut pas être le candidat des entreprises, car il est le représentant de la nation dans toutes ses composantes. Le rôle du politique est de défendre l’intérêt général. Et la vocation première de l’ n’est pas le service de l’intérêt général mais la satisfaction de besoins particuliers ou collectifs. Ce faisant, l’ se développe, crée de l’emploi, des richesses, et contribue à élever le niveau de vie général (faute de quoi, l’ périclite et fait faillite).

Se soucier du « bien commun ».
C’est pourquoi tout président de la République doit avoir le souci constant de l’. Car sans entreprises, il n’y a pas de richesse créée ; et donc pas de « surplus » à redistribuer par l’Etat. Pas de « grain à moudre » comme disait naguère un syndicaliste.
De fait, les entreprises privées (et publiques) constituent dans leur ensemble un « bien commun » pour la nation. D’ailleurs, les pays les plus pauvres le sont précisément par manque d’un véritable « tissu entrepreneurial » autochtone.

Il incombe donc aux dirigeants politiques de prendre le plus grand soin de ce « bien commun ». Comment ? En s’employant à créer un environnement favorable à l’épanouissement des entreprises. En passant un « contrat de confiance » entre les administrations et les entrepreneurs. En garantissant la lisibilité de la législation et des règlements. En ne favorisant pas l’instabilité fiscale et réglementaire par un interventionnisme à tout crin…« En matière d’entreprises, le politique doit légiférer d’une main tremblante », aime à souligner le sénateur centriste Jean Arthuis, expert-comptable de son état.

Hélas ! notre pays se caractérise par un empilement de lois, de codes et de règlements, qui, au fil des décennies, ont enserré l’économie et les entreprises dans un corset étouffant. Ajoutés à cela, des prélèvement sociaux et fiscaux - pesant principalement sur les entreprises! - parmi les plus élevés des pays occidentaux.

Le résultat est là : une croissance économique des plus faibles en Europe et dans le monde, un chômage massif, un climat social dégradé, une insuffisance chronique des investissements et de l’innovation, la paupérisation (depuis 1980 le revenu par habitant de la France est passé du 6ème rang dans le monde au 16 rang ! *)…

Qu’est-ce que les politiques pourraient faire de mieux ?
Intervenir le moins possible dans la vie économique; laisser les partenaires sociaux négocier entre eux les termes de leur collaboration.

On aimerait tant que l’Etat se cantonne dans un rôle d’arbitre, veillant à l’exercice de la libre concurrence entre tous les acteurs, en empêchant les entraves, les monopoles de fait ou les ententes illégales… au lieu de vouloir tout régenter, contrôler, encadrer.

Mais cela supposerait un révolution culturelle que notre pays n’est pas, semble-t-il, encore prêt à accomplir.

Nous avons urgemment besoin d’une réforme profonde du fonctionnement de l’Etat, laquelle a inspiré de multiples rapports, mais est sans cesse repoussée aux calendes grecques.

Le poison de l’économie administrée.
On aurait tant aimé que cette campagne permette une prise de conscience salutaire: notre pays est malade de la bureaucratie qui asphyxie l’initiative privée et pousse de nombreuses personnes et de nombreux talents à s’expatrier. Nous avons trop de technocrates et pas assez d’entrepreneurs, d’inventeurs, de créateurs…

Issus de la fonction publique, la plupart des candidats, au mieux s’accommodent d’une économie administrée installée chez nous (et dans les têtes!) depuis des décennies, au pire, ne connaissent rien aux réalités de l’.

C’est pourquoi on ne trouve rien de très original dans leurs différents programmes en direction des entreprises. A part le projet de TVA sociale qui permettrait de ne plus faire porter sur les seules entreprises le coût de la protection sociale de l’ensemble des Français.

L’anémie de notre économie, la perte de compétitivité de l’appareil productif réclament une refondation profonde de nos méthodes et pratiques collectives qui dépasse le cadre d’une élection.
Mais les présidentielles suivies des législatives peuvent servir de catalyseur. C’est peut-être une chance historique après des années d’immobilisme et de procrastination.

Responsabiliser les acteurs plutôt que de les infantiliser.
Face aux défis considérables qui sont devant nous, dans un monde en pleine reconfiguration, on attend du prochain chef de l’Etat qu’il exprime une vision d’avenir, qu’il fixe un cap et mobilise les forces vives au service d’un grand dessein.

Or la réalisation de ce dessein ne pourra pas se faire sans impliquer les entreprises : entrepreneurs et salariés ensemble.

Amélioration du niveau de vie, transfert des compétences entre générations, innovation, formation continue, cohésion sociale, développement durable…autant de chantiers qui conditionnent notre avenir.
Aucun dirigeant politique n’est en mesure d’y répondre sans mobiliser les entreprises. Et certainement pas en les infantilisant par la menace du « donnant-donnant », ni en perpétuant un climat de suspicion délétère à leur égard.

Pour retrouver les chemins de la croissance et de la prospérité, le futur chef de l’Etat devra instaurer de toute urgence une culture de confiance entre les administrations et les entreprises.
Il faut renoncer à cette manie française d’interventionnisme de la puissance publique à tort et à travers; mettre fin au harcèlement réglementaire. Et préférer, chaque fois que possible, la concertation du contrat à la contrainte de la loi.

Il est temps de considérer les acteurs économiques comme des personnes majeures capables d’autonomie et de responsabilité. Et faire enfin confiance à l’esprit l’initiative et à l’expérimentation créatrice.

(*) Sur ce « décrochage économique » de la France, illustré par de nombreuses et irréfutables statistiques, on lira le coup de gueule du président des Chambres de commerce et d’industrie, Jean-François Bernardin : « J’aime la France, mais je suis en colère » (éditions de l’Archipel)

Jacques Gautrand, créateur et animateur du site www.consulendo.com
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2 commentaires :

  1. tatoufaut

    Tout ceci est bien beau mais il faut juste savoir que la plupart des élus de France ne sont pas des fonctionnaires mais des chefs d’entreprises qui pratiquent le chefisme, le copinisme, le despotisme et c’est cela qui ruine la France.
    Quant à la libre concurrence elle n’est voulue que par ceux qui en profitent c’est à dire une minorité, alors comme on est en démocratie il faudra surement trouver autre chose
    Salutations

  2. Jacques Gautrand

    Cher ami “Tatoufaut”, malheureusement la plupart de nos élus viennent aujourd’hui de la fonction publique, car un chef d’entreprise n’a guère le temps matériel de s’engager en politique. Et surtout, lorsqu’il n’est plus élu, tout fonctionnaire retrouve son administration d’origine, au même statut et au même niveau.
    Bien des entrepreneurs qui se sont lancés en politique, ont vu pendant ce temps leur affaire péricliter, voire déposer le bilan… car ils n’étaient plus à la barre.
    N’oubliez pas que si la France compte 5 millions de fonctionnaires elle n’a que 2,5 millions d’entrepreneurs!
    C’est cela la triste vérité. Résultat: Notre pays est sur-administré et très mal gouverné!

    On connaît le résultat.

    Bien sincèrement,

    Jacques Gautrand

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