Luc de Brabandere communique en dessins
22
déc
2010
Luc de Brabandere est ingénieur et philosophe, ancien président de la Bourse de Bruxelles et actuel Vice-Président du Boston Consulting Groupe. Il est aussi l’auteur d’une dizaine de livres, qu’il agrémente, autant que ses présentations internationales, de nombreux cartoons. Pourquoi ?
Luc de Brabandere, vous êtes connu dans le monde de l’entreprise pour utiliser des cartoons de manière intensive. Quels sont les atouts que vous lui trouvez ?
Mon métier c’est la créativité. Et le cartoon contient tous les ingrédients du moment magique de la pensée, celui où jaillit l’idée nouvelle. Contrairement au proverbe, un dessin ne vaut pas mieux qu’un long discours. Il faut l’un et l’autre. Le dessin est donné immédiatement et s’adresse au cerveau droit, les mots sont en séquence et sont destinés au cerveau gauche. La qualité de l’un ne compense pas les faiblesses de l’autre. Ce n’est pas une addition de messages, c’est une multiplication de la communication. La logique des mots entre alors en résonance avec la magique du dessin. Magie, image, imagination. Tout se tient.
Quelles sont les caractéristiques d’un bon cartooniste ?
J’en citerais au moins quatre.
1) Le cartooniste aime sourire et rire. Il aime faire sourire et il aime faire rire. Il veut surprendre, étonner car il sait que là réside sa force.
2) Quand il a sous les yeux ce que tout le monde a sous les yeux, un artiste a néanmoins la faculté de voir ce que personne n’a vu. Comme Salvador Dali qui voit une chaîne de montagne là où les autres voient un visage, comme Arcimboldo qui voit un visage là où il n’y a pour beaucoup qu’un plat de fruits frais. Le cartooniste aussi voit un spermatozoïde plutôt que la souris d’un ordinateur, ou un piano à queue plutôt qu’une carte de l’Afrique.
3) Le cartooniste fait des liens inédits entre des éléments qui sont dits (parfois même depuis longtemps). En première page du Monde, Plantu relie le plus souvent des événements que par ailleurs beaucoup de pages séparent. Et des footballeurs se retrouvent ainsi ministres, tout comme un patron d’entreprise devient animateur de télévision.
4) Le dessinateur fait appel à l’imagination et tout devient possible. ….. Un cheval peut tout à coup calculer, une machine peut se mettre à rire, les arbres peuvent monter jusqu’au ciel.
Quel est alors le lien avec la créativité ?
C’est très simple : les quatre caractéristiques qui font le bon cartooniste sont aussi celles du moment créatif.
a) L’humour est un combustible de l’imagination. L’étonnement, le rire, l’admiration est une séquence classique pour mener à l’Eureka. Arthur Koestler la résumait d’une formule choc : Ah – Haha – Aha !
b) Avoir une idée nouvelle correspond à un changement de perception. Ce n’est pas la réalité qui est changée, c’est la manière de la voir.
c) L’idée nouvelle est bien souvent un lien nouveau établi au-delà des résistances premières. Arthur Koestler, toujours lui, appelait « bissociation » cette démarche plus audacieuse et plus volontariste que la simple association.
d) La créativité vient à celui qui éteint -momentanément- sa faculté de juger. Il sait que la meilleure manière d’avoir une bonne idée, c’est d’en avoir beaucoup. Et que la quantité n’est possible que si les règles sont oubliées.
Quel conseil donneriez-vous à celui qui cherche une idée nouvelle ?
Je lui dirais de devenir cartooniste de son propre monde car le premier moment de la trouvaille a tout d’un dessin humoristique. Quand une idée nouvelle se donne à l’inventeur, l’étincelle met le feu aux poudres des concepts et fait exploser l’un ou l’autre stéréotype. Le principe de la machine à vapeur est né de l’inversion du principe de la pompe . Edison a inventé la lampe incandescente quand il a voulu produire de la lumière en empêchant quelque chose de brûler. Le Post-it s’est donné à celui qui a osé de la colle qui ne colle pas. PathFinder est arrivé avec succès sur la planète Mars, entouré d’airbags, en rebondissant comme un ballon de football.
Toutes ces idées se sont avérées bonnes, très bonnes mêmes. Parce que, le jour de leur naissance elles étaient un cartoon. Ou presque…
Comment traduire la réalité future en cartoon ?
Prenons Philips. Pendant des dizaines d’années les rasoirs électriques fabriqués par le constructeur hollandais firent l’objet de petites améliorations, sans pour autant que soit remise en question une hypothèse de travail: il fonctionne mieux sur une peau bien sèche (et est donc moins populaire dans les pays tropicaux). Dans un exercice de créativité consacré au futur du produit, cette règle fut remise en question: mais au fond pourquoi ne pas humidifier la peau comme au bon vieux temps? A ce moment précis bien sûr, il y a de la résistance dans l’air! Consciemment ou non, on n’aime pas briser les stéréotypes, et en plus le lien électricité-humidité fait peur et justifierait presque la nécessité donc d’une peau sèche. Mais un participant lança alors une idée vraiment nouvelle: pourquoi ne pas mettre de la mousse dans le rasoir? Il associa de manière inédite deux objets déjà bien souvent dits, autrement dit il bissocia. Un cartooniste présent se serait régalé – on imagine le dessin!- ce qui confirme notre propos. On touche ici à la nature même de l’ »eureka ». L’illumination consiste en une réorganisation de la perception, en une nouvelle représentation de l’existant. Inventer de nouvelles choses, c’est dans un premier temps imaginer de nouveaux liens entre des choses existantes. Et Arthur Koestler ajoute: « au plus banales sont les parties, au plus violent est le choc du nouveau tout perçu! »
Mais tout le monde ne sait pas dessiner?
C’est vrai. Mais être créatif, c’est aussi se savoir incomplet, éprouver le besoin de l’autre pour poursuivre. Avec CartoonBiz, plus personne n’a d’excuse. Des dizaines d’artistes peuvent dessiner, croquer, enrichir ou amplifier ce que votre imagination vous laisse entrevoir.
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