Ce blog est un carnet de notes et de réflexions qui a pour objectif de générer des discussions autour de thèmes qui me sont chers et sur lesquels l'équipe de TL Conseil intervient. J'aborde notamment des thématiques comme le lobbying, la communication d'influence, l'intelligence économique ou encore l'innovation et l'entrepreneuriat. Ces sujets font également l'objet de débats dans le cadre du Networking & Business Club. A travers ce blog, je souhaite nourrir, à mon échelle, le dialogue politique en ligne. Je relaie souvent ce que disent les autres, notamment des personnalités issues de la société civile, afin d'établir un lien permanent avec les hommes et les femmes politiques. J'espère que vous trouverez en parcourant mon blog un certain nombre d'idées et de propositions concrètes et innovantes. Je vous invite vivement à participer au débat en laissant des commentaires. Thomas Legrain

  • 5 août 2010
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Les lobbies sont partout … ! Mais de quoi parle-t-on ?

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Le lobbying c’est …

… une démarche de communication tendant à exercer une influence, directe ou indirecte, pour obtenir, infléchir ou s’opposer à une décision, une norme, une tendance, un courant de pensée, dans le respect d’une éthique, d’une déontologie, d’une légitimité de moyens.

… une attitude, celle de ceux qui n’acceptent pas de voir les décisions publiques se prendre sans qu’ils y soient associés.

… un métier. Il ne se résume pas à la connaissance des mécanismes de décision, à l’entretien d’un carnet d’adresses ou à l’intuition. Il suppose une méthode et une stratégie. Il englobe à la fois des mécanismes de représentation, d’information et d’influence.

L’influence de l’histoire de notre pays sur le lobbying.

En France, le terme lobbying garde une connotation péjorative désignant des groupes dits de pression. La pression servirait à ces groupes pour atteindre leurs propres intérêts, en utilisant l’intérêt général uniquement comme un prétexte. La défense d’intérêts autre que l’intérêt général a toujours été regardée avec méfiance en France. La loi Le Chapelier des 14 et 17 juin 1791 avait pour objet de libérer les individus de l’emprise des corporations qui avaient été puissantes sous l’ancien régime. Elle a eu pour conséquence l’interdiction de constitution de groupe d’intérêt. Il a fallu attendre 1884 et la loi sur la liberté syndicale du 21 mars puis celle sur les associations de 1901 pour voir renaître l’expression officielle de groupement. L’histoire a donc eu en France une influence majeure sur l’émergence et le développement du lobbying, qui reste une activité discrète, obscure, de relations, une activité souvent apparentée à tort à la corruption et au trafic d’influence.

L’image du lobbying diffère d’un pays à l’autre.

Fonctionnant sur la base du compromis et de la négociation, les institutions européennes ont consacré le lobbying comme partie intégrante du système décisionnel européen. A Bruxelles et à Strasbourg, les lobbyistes sont inscrits sur un registre public et bénéficient d’un laissez-passer qui leur donne le droit de circuler dans l’enceinte du Parlement. En contrepartie, ils s’engagent sur un code de bonne conduite qui fixe le cadre dans lequel ils informent les députés européens. Leur intervention contribue à renforcer le caractère délibératif et pluraliste des décisions publiques.

Aux Etats-Unis, le lobbying est une forme d’action reconnue, les entreprises faisant de plus en plus souvent appel à des lobbyistes professionnels. Il est considéré comme étant un mode d’expression des citoyens envers les autorités étatiques, une démarche démocratique, une volonté de participer avec succès à la conduite des affaires communes. Plus généralement, dans les pays anglo-saxons de tradition protestante, nul ne doit rester les bras croisés lorsque ses intérêts sont en cause. Agir ou réagir est un droit, c’est presque un devoir.

Le lobbying : un métier en pleine mutation.

Si en France les lobbyistes suscitent encore aujourd’hui une certaine méfiance, le paysage du lobbying évoluant à grande vitesse, la question de la légitimité est passée au second plan alors que la question de l’efficacité est devenue primordiale. Trois faits se conjurent pour expliquer que le lobbying est un métier qui a progressivement acquis sa légitimité et qui finit aujourd’hui par être unanimement reconnu et pratiqué. Tout d’abord, la prise de décision étant devenue multilatérale avec des acteurs plus nombreux et qui interviennent à différents échelons, il faut être capable de mobiliser l’ensemble de ces acteurs. Ensuite, la complexité croissante des sujets, la profusion d’informations et l’élévation du niveau de connaissance de l’opinion rendent nécessaire une approche pédagogique des sujets traités. Enfin, la rapidité des procédures et la pression médiatique accentuent la contrainte temps dans la prise de décision. Ces raisons s’additionnent pour renforcer le besoin en interprètes, en passeurs d’idées entre les mondes politique et économique.

Les lobbyistes sont reconnus comme des interlocuteurs à part entière : le Parlement les auditionne, les médias les consultent, les acteurs de la société civile travaillent avec eux. Ils exercent un métier en profonde évolution. Ce qui compte n’est plus uniquement l’accès à l’information (Internet est passé par là) ou l’accès à une personne (la décision est désormais plurielle). Le cœur du métier est dans la capacité d’analyse du marché des idées, dans la détermination des paramètres de négociation et des alliances possibles, dans la construction d’un argumentaire pour faire valoir sa position auprès des décideurs, dans la capacité à mettre des intérêts particuliers en résonnance avec l’intérêt général au moyen de l’élaboration d’un compromis.

Le lobbying est un métier qui se démocratise avec l’essor d’Internet. Alors qu’il était traditionnellement réservé aux puissantes organisations compte tenu du coût des actions mises en œuvre, le cyber lobbying est accessible à n’importer quelle personne morale ou privée, sans condition de ressources. Alors que par le passé, les campagnes visaient essentiellement les décideurs publics au niveau national ou européen, on assiste à la multiplication de campagnes de cyber lobbying organisées par de petits groupes ou par des personnes individuelles à un niveau régional ou purement local : fermeture d’usine, passage d’une ligne TGV sur une commune, implantation d’antennes relais, … Internet est devenu un support d’influence incontournable.

Votre stratégie de lobbying : posez-vous les bonnes questions.

Finalité : quel est l’enjeu pour les politiques ? Quel est l’objectif à atteindre pour le groupe d’intérêt et quel est le résultat souhaité ?

Contexte : existe-t-il une opportunité politique ?

Décideurs : qui a le pouvoir de décision ? Quels intérêts les décideurs publics pourraient-ils retirer du résultat que le groupe d’intérêt souhaite obtenir ?

Champs de force : quelles sont les différentes parties prenantes, qui est pour, qui est contre, quelles sont les coalitions possibles ?

Message : quels sont les arguments du groupe d’intérêt, quels sont ceux des opposants ?

Plan d’actions : quelles actions de lobbying mettre en place ?

Impératifs : quels délais et quels coûts ?

L’influence réelle d’un groupe d’intérêt dépendra de deux facteurs principaux : son efficacité immédiate et la cohérence de ses objectifs avec les intentions politiques à long terme.


Thomas Legrain, Associé Gérant de TL Conseil

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