
Jérôme Hervé, Vice-président au bureau de Paris du Boston Consulting Group a écrit “Croissance, innovation, mode de gestion”, article paru dans l’édition du 9 février 2007 de La Tribune.
Quelles sont ces entreprises qui créent de la vale

Quel est le point commun entre Urban Outfitters, Tractor Supply ou Puma ? Ces sociétés figurent parmi les 10 premières mondiales en termes de création de valeur sur la période 2001-2005.
Avant tout, les champions de la création de valeur ont en commun de connaître des croissances annuelles à 2 chiffres (*). Pas de création de valeur sans croissance ! Sur une période suffisamment longue, les bonnes performances boursières reposent toujours sur la croissance des profits, qui elle-même repose sur la croissance de l’activité. Sur cinq ans, la croissance explique 60 % de la performance des entreprises étudiées (contre 30 % si on se place à un an). Ainsi le fait d’être présent sur des marchés qui sont eux-mêmes en forte croissance stimule la création de valeur.
C’est le cas des sociétés les plus performantes des pays émergents. Alors que l’échantillon est équilibré géographiquement, on trouve parmi les champions 40 % de sociétés en provenance d’Asie ou de pays émergents, 40 % de sociétés américaines et seulement de10 % à 20 % de sociétés européennes. Plus frappant, on retrouve deux catégories dans les vainqueurs de ce palmarès : les très grandes sociétés (entre 20 et 50 milliards de dollars), puis toute une série de sociétés qui valent entre 3 et 5 milliards de dollars, pour la plupart inconnues du grand public, voire de la communauté des affaires. Et pour cause, il y a cinq ans, elles étaient à peine sur l’écran radar.
Connaissez-vous Bajaj Auto, un fabricant indien de deux-roues, qui vaut 4,5 milliards de dollars et qui a rapporté 57 % par an à ses actionnaires au cours des cinq dernières années ? Ou encore Naspers, un groupe de média sud-africain qui investit au Brésil, en Russie et en Afrique, qui vaut 5,6 milliards de dollars et a rapporté 31 % par an à ses actionnaires ? Rappelons que 5 milliards de dollars est la limite inférieure de valorisation au CAC 40.
Pour une grande société européenne, il y a trois manières de croître : aller sur les marchés en croissance pour y vendre des produits et des services, consolider son industrie par croissance externe ou innover. Sur ce dernier levier, notre échantillon montre clairement que l’innovation comme source de création de valeur n’est pas uniquement technologique, loin s’en faut. Si chaque industrie fait émerger des champions qui délivrent une performance annuelle d’au moins 20 % à leurs actionnaires (soit une valeur multipliée par 2,5 sur cinq ans), la liste des 10 entreprises les plus performantes, toutes catégories confondues, en comporte 7 dans des formes innovantes de commerce. La première est Urban Outfitters, une enseigne de mode qui doit sa performance à un concept ” grunge ” innovant et séduisant pour les adolescents américains avides de marques. L’innovation n’emprunte donc pas toujours les sentiers battus, y compris dans les secteurs technologiques. Ebay ou Apple s’appuient sur des innovations technologiques pour créer de la valeur, mais innovent d’abord dans le concept. Le baladeur MP3 d’Apple doit son succès et son avantage compétitif à son ergonomie, tandis qu’Ebay a réinventé le vide-grenier…
En ligne avec les attentes
Au-delà d’une forte croissance et d’un concept innovant, c’est aussi en adoptant des modes de gestion en ligne avec les attentes des investisseurs que les entreprises attirent des capitaux. Les champions de la création de valeur sont capables d’appliquer systématiquement des principes de gestion et de gouvernance de haut niveau : transparence sur les sources de rentabilité, utilisation systématique des indicateurs de création de valeur dans le pilotage et la communication, capacité de verser des dividendes importants quand les opportunités d’investissement ne sont pas suffisamment attractives… Autant de sujets sur lesquels les sociétés européennes doivent être encore plus vertueuses si elles veulent redevenir championnes de création de valeur.
La pharmacie, un exemple instructif
Qui sont les 10 plus belles créations de valeur dans le secteur de la pharmacie ? Huit américaines, une seule européenne et une israélienne. Toutes ont trouvé des marchés en croissance. Les grandes biotechs comme Gilead ou Celgene d’abord. Teva, le fabricant israélien qui tire sa croissance de celle des génériques. Boston Scientific et St Jude Medical, des fabricants de matériel médical. Endo Pharmaceutical, spécialisé dans le traitement de la douleur, Edwards Lifesciences dans les valves cardiaques ou Orion le finlandais diversifié sont des sociétés en forte croissance valant entre 2 et 6 milliards et qui ont doublé leur valeur en cinq ans. Les grandes sociétés pharmaceutiques, attaquées par les biotechs et les génériques, n’ont pas connu suffisamment de croissance pour apparaître dans le palmarès.
(*) Selon l’étude du Boston Consulting Group ” Spotlight on Growth : The Role of Growth in Achieving Superior Value Creation “, qui analyse un échantillon de 1.056 sociétés cotées européennes, américaines et originaires des pays émergents (hors finance et pétrole). Cette étude est consultable (en anglais) en cliquant ici
commun entre Urban Outfitters, Tractor Supply ou Puma ? Ces sociétés figurent parmi les 10 premières mondiales en termes de création de valeur sur la période 2001-2005.
Avant tout, les champions de la création de valeur ont en commun de connaître des croissances annuelles à 2 chiffres (*). Pas de création de valeur sans croissance ! Sur une période suffisamment longue, les bonnes performances boursières reposent toujours sur la croissance des profits, qui elle-même repose sur la croissance de l’activité. Sur cinq ans, la croissance explique 60 % de la performance des entreprises étudiées (contre 30 % si on se place à un an). Ainsi le fait d’être présent sur des marchés qui sont eux-mêmes en forte croissance stimule la création de valeur.
C’est le cas des sociétés les plus performantes des pays émergents. Alors que l’échantillon est équilibré géographiquement, on trouve parmi les champions 40 % de sociétés en provenance d’Asie ou de pays émergents, 40 % de sociétés américaines et seulement de10 % à 20 % de sociétés européennes. Plus frappant, on retrouve deux catégories dans les vainqueurs de ce palmarès : les très grandes sociétés (entre 20 et 50 milliards de dollars), puis toute une série de sociétés qui valent entre 3 et 5 milliards de dollars, pour la plupart inconnues du grand public, voire de la communauté des affaires. Et pour cause, il y a cinq ans, elles étaient à peine sur l’écran radar.
Connaissez-vous Bajaj Auto, un fabricant indien de deux-roues, qui vaut 4,5 milliards de dollars et qui a rapporté 57 % par an à ses actionnaires au cours des cinq dernières années ? Ou encore Naspers, un groupe de média sud-africain qui investit au Brésil, en Russie et en Afrique, qui vaut 5,6 milliards de dollars et a rapporté 31 % par an à ses actionnaires ? Rappelons que 5 milliards de dollars est la limite inférieure de valorisation au CAC 40.
Pour une grande société européenne, il y a trois manières de croître : aller sur les marchés en croissance pour y vendre des produits et des services, consolider son industrie par croissance externe ou innover. Sur ce dernier levier, notre échantillon montre clairement que l’innovation comme source de création de valeur n’est pas uniquement technologique, loin s’en faut. Si chaque industrie fait émerger des champions qui délivrent une performance annuelle d’au moins 20 % à leurs actionnaires (soit une valeur multipliée par 2,5 sur cinq ans), la liste des 10 entreprises les plus performantes, toutes catégories confondues, en comporte 7 dans des formes innovantes de commerce. La première est Urban Outfitters, une enseigne de mode qui doit sa performance à un concept ” grunge ” innovant et séduisant pour les adolescents américains avides de marques. L’innovation n’emprunte donc pas toujours les sentiers battus, y compris dans les secteurs technologiques. Ebay ou Apple s’appuient sur des innovations technologiques pour créer de la valeur, mais innovent d’abord dans le concept. Le baladeur MP3 d’Apple doit son succès et son avantage compétitif à son ergonomie, tandis qu’Ebay a réinventé le vide-grenier…
En ligne avec les attentes
Au-delà d’une forte croissance et d’un concept innovant, c’est aussi en adoptant des modes de gestion en ligne avec les attentes des investisseurs que les entreprises attirent des capitaux. Les champions de la création de valeur sont capables d’appliquer systématiquement des principes de gestion et de gouvernance de haut niveau : transparence sur les sources de rentabilité, utilisation systématique des indicateurs de création de valeur dans le pilotage et la communication, capacité de verser des dividendes importants quand les opportunités d’investissement ne sont pas suffisamment attractives… Autant de sujets sur lesquels les sociétés européennes doivent être encore plus vertueuses si elles veulent redevenir championnes de création de valeur.
La pharmacie, un exemple instructif
Qui sont les 10 plus belles créations de valeur dans le secteur de la pharmacie ? Huit américaines, une seule européenne et une israélienne. Toutes ont trouvé des marchés en croissance. Les grandes biotechs comme Gilead ou Celgene d’abord. Teva, le fabricant israélien qui tire sa croissance de celle des génériques. Boston Scientific et St Jude Medical, des fabricants de matériel médical. Endo Pharmaceutical, spécialisé dans le traitement de la douleur, Edwards Lifesciences dans les valves cardiaques ou Orion le finlandais diversifié sont des sociétés en forte croissance valant entre 2 et 6 milliards et qui ont doublé leur valeur en cinq ans. Les grandes sociétés pharmaceutiques, attaquées par les biotechs et les génériques, n’ont pas connu suffisamment de croissance pour apparaître dans le palmarès.
(*) Selon l’étude du Boston Consulting Group ” Spotlight on Growth : The Role of Growth in Achieving Superior Value Creation “, qui analyse un échantillon de 1.056 sociétés cotées européennes, américaines et originaires des pays émergents (hors finance et pétrole). Cette étude est consultable (en anglais) en cliquant ici