- 27 mar 2006
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La profession d’ange financier : 3 idées pour engager la discussion

Très flatté de la distinction qui m’a été accordée dans le cadre de la « remise des trophées du Nouvel Economiste« , je remercie tout d’abord les organisateurs de cette manifestation. Et tout particulièrement bravo au Nouvel Economiste qui souligne le rôle de l’environnement de l’entrepreneur dans le processus de création d’entreprises.
Je tiens à associer à cette distinction le fondateur de Vistaprint, Robert Keane et son équipe, les premiers investisseurs institutionnels qui ont cru au projet, Olivier Protard de Sofinnova puis Valérie Gombart de Spef Ventures et tous les investisseurs individuels : famille, amis, collègues de travail, camarades d’études, business angels. Tous ont, à des moments divers, joué un rôle décisif dans le succès de l’entreprise. Je rappelle qu’elle vend des produits imprimés personnalisés à 6 millions de clients, dans 120 pays. Cotée au Nasdaq le 30 sept. Dernier, sa capitalisation boursière dépasse le milliard de dollars.
C’est aussi la profession d’ange financier qui est honorée. A ce titre, je salue les efforts de promotion de cette activité menés par France Angels sous l’impulsion de Claude Rameau.
Je voudrais très brièvement évoquer 3 idées qui me semblent importantes:
1ère idée : Le rôle des investisseurs particuliers dans la création d’entreprises à fort potentiel n’est pas seulement financier.
On ne parle que du financement. Or, le rôle des BA est surtout qualitatif: identification des milliers de projets qui chaque année méritent attention, sélection, amélioration du projet, constitution d’équipes plus fortes, plus réalistes, adaptation de l’aide aux circonstances. Les BA participent donc au processus de découverte des opportunités, au sens d’Hayek. Une grande partie de la valeur ajoutée se transmet hors contractualisation formelle. Ceci est possible parce que cet échange donne lieu à des gratifications non monétaires : intérêt, voire passion pour le projet, plaisir à voir se réaliser une ambition, création de liens forts de complicité créatrice avec les entrepreneurs. Ma plus profonde satisfaction est celle que je retire de la confiance et du respect que me témoignent des entrepreneurs, des années après le premier contact, et même parfois après avoir du constater l’échec de l’aventure.
2° idée : L’amélioration de l’environnement, au niveau national, n’est pas d’abord une question d’avantages fiscaux.
Certes, l’environnement juridico-fiscal est important. Mais ce ne sont pas les avantages fiscaux qui vont durablement permettre que se développe l’activité des BA. Les mesures ‘en faveur de’ sont par essence des compromis inefficaces entre des soucis contradictoires où la réalité économique cède le pas aux préoccupations budgétaires et electoralistes à court terme. Or ce dont ont besoin les BA, c’est de STABILITE FISCALE ! Ma préconisation est simple : que l’investissement direct des particuliers dans la création soit aussi bien traité que toute autre forme d’investissement réputée socialement utile.
Mais c’est précisément sur ce critère d’utilité sociale que se situe la spécificité française. Quand presque unanimement les principaux leaders politiques flattent les conservatismes de tout bord et tirent des traites sur un nombre restreint de créateurs de richesse pour garantir des avantages acquis à un nombre croissant d’ayants droit ; quand le chef de l’Etat croit utile de rejeter d’un même élan le libéralisme et le communisme, on doit se demander si les énergies créatives peuvent être efficacement employées dans ce pays. Si, pour reprendre le mot de Charles Beigbeder « créer une entreprise en France, c’est déjà être socialiste », alors financer la création ne peut que faire penser à le fameuse phrase de Lenine : « les capitalistes nous achèteront la corde pour les pendre ».
3° idée : La création d’un environnement favorable au développement de l’activité de BA repose d’abord sur les BA eux-mêmes.
Il existe un potentiel considérable de talents, d’énergie et de moyens matériels qui pourraient être mobilisés pour faire jouer à l’investissement des particulier un rôle beaucoup plus important.
Depuis quelque 10 ans, des initiatives ont été prises pour fournir des cadres plus ou moins formalisés de rencontre et d’association des BA. L’association nationale France Angels créée en 2000, œuvre à encourager et multiplier ces initiatives. On compte maintenant une quarantaine de réseaux de BA en France. Rien qu’en Ile de France, plusieurs réseaux ont été créés à l’initiative de France Angels.
Ce mouvement doit encore s’amplifier, et de nombreuses idées intéressantes restent à mettre en œuvre.
Je lance donc un appel à tous ceux qui ont à cœur de démontrer que l’initiative privée peut relever sa part du défi auquel est confronté notre vieux pays : faire en sorte que puissent encore y trouver leurs racines des projets ambitieux, et que les JC Decaux et les Business Objects apparaissent comme les premiers prototypes d’un modèle français de développement d’entreprises mondiales de grande qualité.
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