Le 6 février 2006 à 12:51 / Recherche

Que veut l’Etat français en matière de recherche ?

Thomas Legrain, Président de TL Conseil

La démission en janvier 2006 du Président du CNRS, Bernard Meunier, suivie quelques jours plus tard par le limogeage du Directeur Général, Bernard Larrouturou témoigne du profond malaise du CNRS …

Plus qu’un conflit de personnes entre le Président et le Directeur Général de l’institution, ces évènements sont révélateurs d’un problème majeur. Il s’agit de la question de la compétitivité de la France à travers ses capacités d’innovation et de recherche qui furent longtemps incarnées par le CNRS.

Dans un contexte où les dirigeants politiques ne cessent de faire l’apologie de la recherche, la place du CNRS dans la stratégie française en la matière semble aujourd’hui assez mal définie et d’aucuns s’interrogent sur la « mort programmée » de l’institution ?

L’Etat français, soucieux de dynamiser les capacités de Recherche et Développement des grands groupes industriels hexagonaux a lancé en 2005 dans le cadre du pacte pour la recherche, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dont les dotations financières programmées sont supérieures à celles du CNRS. Beaucoup voient dans ce choix budgétaire des pouvoirs publics la volonté de marginaliser le CNRS. Les fortes hausses des aides directes ou fiscales de l’Etat aux entreprises françaises sont analysées comme autant de compensations à la faiblesse des moyens en Recherche et Développement des acteurs privés français.

Face à ces efforts, les budgets destinés à la recherche publique (CNRS et universités) sont programmés selon un rythme à peine supérieur à celui de l’inflation … Derrière les conflits de personnes et les rivalités entre institutions, il est légitime de s’interroger sur les raisons qui poussent le gouvernement actuel à mettre en avant l’ANR au détriment de la recherche publique.

On ne peut ignorer que la France demeure à l’heure actuelle l’un des seuls pays dans le monde à subventionner la recherche fondamentale, vue comme le développement des connaissances sans souci de leurs retombées. La question est de savoir dans quelle mesure cette stratégie de recherche peut à long terme s’avérer fructueuse pour notre pays, au-delà des considérations partisanes et électoralistes des dirigeants politiques.

Reste qu’il est vari que le CNRS n’a pas à ce jour été véritablement en mesure de fournir aux entreprises privées françaises des moyens d’innovation comparables aux multinationales nord-américaines qui ne fonctionnent, elles, que grâce à des fonds privés. C’est à travers cette logique que doit être appréhendée la mise en place de l’ANR, levier pour accélérer les investissements privés en Recherche et Développement.

Il semble urgent aujourd’hui de mettre les choses à plat et de définir le rôle et les objectifs du CNRS dans les dix ans qui viennent. L’Etat souhaite-t-il en faire un organisme marginalisé et déconnecté de la vie économique du pays en réduisant progressivement ses aides à peau de chagrin, ou ambitionne-t-il d’intégrer les capacités du CNRS dans une logique nationale de compétitivité des entreprises privées ?

Ce qui est certain, c’est que la situation actuelle et le doute qui subsiste sur cette question ne sont pas de nature à favoriser le développement d’une culture généralisée de l’innovation en France.

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